Jour 28

Nicolas émit un claquement de langue.

— Lui, il va au-devant de beaux ennuis, dit-il.

— J’ai l’impression du contraire, dit Nab.

— Il se lie avec une Kitsune, un esprit malin, donc, ce qui n’est jamais une bonne idée. C’est la nature de ces être de séduire et détruire.

— Comme c’est dans ta nature de ruser et de tromper, répliqua le jeune homme. Tu me déçois, renard, je te pensais mois sujets aux clichés que chacun de par ta nature, et tu plonges dedans comme n’importe quel humain. Regarde avec ton cœur, et vois cette pauvre femme, seule !

— D’abord, voir avec son cœur est une expression parfaitement ridicule, dit Nico. Ensuite, je peux parfaitement…

Il s’interrompit, et huma l’air ambiant. Puis repris la parole :

— Moi, Nicolas Sauvage, doit admettre de manière tout à fait exceptionnelle, que j’ai eu tord. Cet homme, Clairvoyant, n’a rien à craindre de la Kitsune Rouge. Il est sous sa protection. À vue de nez, c’est parfaitement clair. J’ajouterais même qu’elle le respecte assez pour le laisser respecter ses serments.

— Ha ! Et tu utilises cette expression n’importe comment, triompha Barnabé.

Évangelina, appuyée contre le montant de la porte, leva les yeux au ciel.

— Les gars, vous vous rendez compte que vous vous disputez pour une femme qui n’est ni humaine, ni renarde, ni même réelle, sans parler du manque de professionnalisme de votre attitude ?

Les deux hommes se regardèrent, regardèrent Lina, puis Rouge, puis encore Lina. Nicolas rompit le silence.

— Ho merde. Elle a bien mieux récupéré ses pouvoirs que ce que je pensais. Il va falloir faire super gaffe… Trions-nous d’ici, ça vaudra mieux pour tout le monde.

*    *    *

Il était vers les trois heures du matin lorsque Barnabé se réveilla. En revenant des toilettes, il aperçu une lumière inhabituelle dans le poste de communications. Intrigué, il y jeta un œil.

Trente secondes plus tard, il tambourinait à la porte de la chambre d’Évangelina.

— Bordel, Nab, t’as intérêt à ce que ce soit super important pour me réveiller à une heure pareille !

— Je crois… tu devrais venir voir. Vraiment.

Quelque chose dans la voix de son collègue convainquit la jeune femme.

Deux minutes plus tard, elle était dans le poste de communications, habillée d’un pyjama informe à têtes de morts, à scruter les différents indicateurs.

— C’est vous qui faites tout ce bordel, demanda un Nicolas ensuqué en pénétrant dans la pièce.

— Tu tombes bien toi, lui répondit Lina. On va avoir besoin de tes capacités olfactives. Toi et Nab, allez dans le sas, ouvrez-le, et dites-moi ce que vous voyez. Mais surtout ne sortez pas ! Je lance un scan sur toutes les fréquence.

— Ne me dis pas que…

— Je ne veux rien du tout, j’ai besoin de réponses. Allez !

 

— Tu crois qu’elle sait qu’elle n’est pas la chef ?, murmura Nico alors qu’ils refermaient la porte arrière du sas.

— Il n’y a pas de chef. Si ce que j’imagine est vrai, elle a toutes les raisons d’être stressée. De fait, il n’y a pas de problème. Ouvre plutôt la porte avant.

Le renard maugréa mais obtempéra.

Une bouffée d’air moite et torride malgré l’heure envahit le compartiment. Dans l’ouverture de la porte se découpait un rectangle de noir parfait, absolu. Les explorateurs ne voyaient rien, pas la moindre étoile, pas le moindre brin d’herbe ni même le bout de la rampe qui aurait dû être éclairé par la lumière du sas. Sans dire un mot, Nicolas éteignit la lumière du sas et s’assit à l’entrée, humant l’air frais, tournant ses oreilles pointues pour capter le moindre son.

— Rentrons, dit-il d’une voix grave.

Assise sur sa chaise, encore plus pâle que de coutume, Évangélina fixait sans les regarder les graphes qui se traçaient sur les écrans.

— Comme la dernière fois ?, demanda-t-elle lorsqu’elle les entendit revenir.

— Exactement.

— C’est pas possible… Comment c’est possible ? Ça fait des jours qu’on est là ! On aurait dû s’en rendre compte avant ! À moins que…

— Tu crois que ça vient d’arriver ?, demanda Barnabé.

— J’espère. Je ne sais pas. Il faudrait pouvoir remonter dans le temps… Les logs ! Les journaux techniques ! Si les scanners se sont mis à capter du rien ces derniers jours, on doit en trouver une trace dans les logs !

Elle saisit frénétiquement quelques commandes sur la console de gestion, enfin une batterie de ligne s’afficha. La jeune femme rechercha quelque chose dans des pavés de textes, quand soudain :

— Ha ! Ici ! Le scanner signale une perte complète d’informations à partir de hier soir, vingt-trois heures dix-neuf. Et…

Elle tapa d’autres commandes, et d’autres lignes s’affichèrent.

— C’est la première fois depuis le début de cette mission.

— C’est déjà ça, dit Nicolas.

— Oui, mais je déteste ce truc quand même, fit Barnabé. Je propose une isolation totale du vaisseau jusqu’à l’aube. Et la plus grande méfiance jusqu’à la fin de la mission. De mon côté, j’envoie un rapport en urgence au QG – Lina, tu peux me sortir des données ?

Ils acquiescèrent, parce que c’était la meilleure chose à faire.

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