Jour 4

L’équipage tentait de se reposer pendant la nuit locale. Hélas, la violente incohérence avec leurs horloges internes transforma cet essai en échec.

Il était vingt-deux heures, temps local, lorsque Nab reconnecta les décodeurs de signaux, curieux de voir ce que pouvait diffuser les télévisions locales à pareille heure.

Rien. Aucune chaine n’émettait quoi que ce soit – non pas qu’elles émettaient une mire, des rediffusions ou même de la neige ; les émissions avaient tous simplement cessé. Le jeune homme appela Lina à la rescousse, car il était craignait avoir fait une fausse manœuvre et n’était pas qualifié en communication. Sa collègue repris les commandes, constata le bon fonctionnement des appareils et lança un scan complet sur toutes les fréquences habituelles.

Le silence absolu, de la même qualité que ce qu’ils s’attendaient à avoir dans un monde médiéval. Elle relança un scan sur toutes les fréquences, y compris les inhabituelles, et préparé trois bols de thés le temps que la procédure se termine. Les renards buvaient-ils du thé ? Il le faudrait bien, de toutes façons il était déjà prêt.

Celui-ci, en tous cas, lapait joyeusement son bol quand, vingt minutes plus tard, les résultats tombèrent. Aucune émission radioélectrique détectée sur aucune des fréquences étudiées. Un tel néant ne pouvait raisonnablement provenir que d’une panne du détecteur. Évangelina se prépara donc à sortir : des vêtements chauds, une lampe frontale, elle ouvrit le sas et…

— Nab ? Nico ? Je… j’ai besoin de votre avis, là.

Les deux intéressés arrivèrent pour voir Lina, pâle, appuyée sur l’une des parois du sas. Dans l’ouverture de la porte se découpait un rectangle de noir parfait, absolu. Barnabé s’approcha. Il ne voyait rien, pas la moindre étoile, pas la plus petite lueur lunaire et, plus inquiétant, pas le moindre brin d’herbe ni même le bout de la rampe qui aurait dû être éclairé par la lumière du sas. Nicolas huma l’air, et grogna qu’il allait tenter quelque chose. Il bondit sur l’interrupteur et éteignit l’éclairage du sas.

— Attendons quelques minutes, dit-il. Ne bougez pas. J’ai besoin de m’habituer à l’obscurité.

Il s’assit à l’entrée du sas, humant l’air frais, tournant ses oreilles pointues pour capter le moindre son. Le vrombissement sourd du vaisseau. La respiration d’Évangelina qui se calmait, tout comme les battements de son cœur. L’angoisse qui gagnait Barnabé, au contraire. Il élimina mentalement ces bruits de fond. Aucun son d’origine animale au dehors, mais il percevait au loin le chant du ruisseau, de temps a autres le bruissement des feuilles dans la bise légère. Mais la vue depuis le sas restait désespérément noire, même à quelques centimètres de distance. Pourtant il y voyait très bien à l’intérieur, malgré les seules quelque diodes électroluminescentes pour toutes source de lumière.

— Lina ?, demanda-t-il.

— Oui ?

Elle s’était calmée maintenant, Nico l’imaginait analyser la situation à partir du peu de données qu’elle possédait. L’imagination de Nab, quant à elle, s’emballait. Le renard l’entendait serrer et desserrer nerveusement le carnet de notes qu’il promenait partout avec lui.

— Est-ce que tu as toujours ta lampe frontale ?

— Bien sûr.

— Je vais te guider, et quand tu seras au bord du sas, et seulement à ce moment, tu l’allumeras à fond. Avant tu exploseras ma vision nocturne, et tout sera à recommencer. D’ac ?

— D’accord.

En saisissant le bas de son pantalon dans sa gueule, il ne fallut pas plus d’une minute au renard pour guider la jeune femme jusqu’au seuil du sas. Barnabé murmurait maintenant des théories incompréhensibles.

— Vas-y, allume.

Il y eu un vague halo qui éclaira la face de Lina, juste assez pour l’aveugler. Le reste du faisceau se perdit dans le noir, n’éclairant absolument rien.

Nicolas contempla le résultat, écouta attentivement, huma encore et encore, et finit par dire :

— C’est bon, j’en sais assez. Tu peux éteindre, Lina. Aurais-tu l’amabilité de me porter jusqu’au panneau de commandes ?

Elle fit comme demandé, et arrivé à portée, Nicolas referma le sas, enclencha les sécurités et ralluma les lumières, dans cet ordre. Tandis qu’ils se réhabituaient à la lumière, clignant des yeux, lui maugréait contre ces commandes inadaptées et listait les améliorations a apporter à la fin de la mission. Lorsqu’ils eurent repris possession de leurs moyens, Nicolas les regarda tour à tour et leur dit :

— Mademoiselle Nervi de Sicaire, monsieur Barrabas, je propose que nous allions de ce pas au carré de vie, nous avons à discuter sérieusement de cette mission.

Il les précéda tandis que les deux humains s’échangeaient des regards interrogateurs.

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