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Janua Vera

Une critique de SpaceFox, publiée le .

L’avis du renard

J’ai fini le recueil ; et au final, bien que les nouvelles soient très différentes, elles me laissent toutes le même arrière-gout bancal. Non pas que les histoires soient mauvaises en soi, mais si le fond était souvent intéressant, le style et le traitement m’ont plus dérangé, souvent au point de me sortir complètement du texte.

Le traitement, pour commencer

Certaines nouvelles m’ont donné l’impression de lire des chroniques de parties de jeux de rôles. C’est marrant à jouer un scénario de jeu de rôles, mais c’est souvent beaucoup moins intéressant à lire. D’autant plus quand ressortent des éléments typiquement rôlistiques (certains sorts alors que l’effet général de la magie sur l’univers n’est pas pris en compte – typique des JdR ; la vieille blague de la chute de nécropole ; etc.). Idem pour les clichés sur l’époque médiévale qui sont très bien dans un JdR – et là on rejoint le syndrome de Werber (dans « Les Fourmis » par exemple) : l’univers décrit est une fantaisie qui permettrait de laisser passer pas mal d’incohérence (au sens d’incohérence avec notre univers réel) – sauf qu’il est décrit de manière tellement sérieuse que toute incohérence qui n’est pas explicitement indiquée comme « normale » dans l’univers saute aux yeux.

Et comme je suis un horrible pinailleur… ces problèmes de traitement m’ont dérangé, en tous cas assez pour casser la fluidité de la lecture.

Ensuite, le style

Ah… le style… Sans doute suis-je un horrible mécréant, mais le style que j’admire le plus est celui qui ne se remarque pas. Et ce n’est pas celui de l’auteur, qui oscille entre le « simplement verbeux » au « quasiment illisible tellement c’est lourd ». La palme revenant à la nouvelle-titre, qui semble te hurler à la figure, à chaque phrase, « Regarde, j’écris bien, je sais faire une figure de style ! ». Non. Désolé, mais non.

Les autres sont moins lourdingues, mais ont quelques défauts communs.

Le premier est une certaine tendance à s’étaler sur des pages et des pages, au point que je me suis complètement ennuyé à certains passages – concernant des nouvelles, c’est dommage.

Le second est une volonté quasi systématique d’étaler un vocabulaire très, trop riche. La technique trop fréquemment utilisée pour ce faire est de prendre un terme assez rare qui a un sens très précis (« cathèdre », « épure ») et de l’utiliser dans un sens général ou dérivé. Quand on arrive à comprendre et que c’est employé à petites doses, pourquoi pas. Quand il en vient à faire des contresens, c’est triste – le plus bel exemple est dans « Un amour dévorant » où, après avoir donné une description très précise de la technique de création du charbon de bois à partir de meules sur une page et demie1, l’auteur fait une description du produit fini… qui correspond à la houille !

On pourrait s’attarder sur la pertinence des titres (bateaux et/ou qui donnent la clé de l’histoire), sur le fait qu’il faille lire 3 langues pour comprendre tout ce texte (français, latin pour le titre du bouquin, espagnol pour l’entête de la dernière nouvelle), sur la présence de ces entêtes (qui n’apportent rien), etc.

Tout ceci m’a donné une impression constante de snobisme assez mal placé en fin de compte. Surtout, c’est perturbant à la lecture, c’est dommage.

Couverture de la seconde édition de poche.

Par nouvelle :

En résumé, je comprends tout à fait que ces nouvelles plaisent aux amateurs de style riche et varié. Mais ce n’est pas du tout mon style de lecture, surtout par le fait que ce recueil cumule plusieurs éléments que je n’aime pas retrouver dans mes lectures.

À lire absolument si on aime

À éviter si on cherche

Si vous avez aimé ce livre

« Même pas mort (T1 Rois du Monde) » du même auteur. C’est un roman dans un monde de gaulois un peu fantastique, qui se lit plutôt bien, même si l’auteur a tendance à oublier que le lecteur n’a sans doute pas autant de connaissances que lui sur les Gaulois.


  1. Alors que très honnêtement, ça n’apporte rien à l’histoire. ↩︎

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