Made in Abyss

L’avis du renard

Mais c’est tout mignon ce truc, là !

Beau et mignon. C’est sans doute les deux premiers adjectifs qui viennent à l’esprit quand on a le tome 1 de Made in Abyss en mains. C’est publié en grand format (15 x 21 cm)1, dans un style inhabituel – ce devait être d’abord un livre illustré et non un manga –, soigné malgré un trait parfois « crayonné », tout en niveaux de gris (je ne crois pas avoir vu la moindre trame). Je vous laisse juger par vous-même :

Une page du tome 1

L’histoire commence donc dans un orphelinat de la ville d’Orse. Au pied de cette ville s’étend l’Abysse, un gouffre d’un kilomètre de diamètre et d’une profondeur inconnue. Cette curiosité est habitée par d’étranges créatures et recèle énormément de reliques antiques et précieuses – tout pour attirer des aventuriers, appelés « Caverniers ». Ces derniers, alléchés par tant de mystères et de promesses de richesses, vont braver les dangers inhérents à l’abyme, ainsi qu’une malédiction qui atteint tous ceux qui essaient de remonter vers la surface.

On suit Rico2, une jeune orpheline d’une douzaine d’années, obsédée par l’idée d’explorer elle aussi l’Abysse, pour suivre les traces de sa mère, une Cavernière célèbre.

La couverture française du tome 1

Mais… pourquoi c’est un « seinen » ?

Parce que très rapidement, le lecteur va s’apercevoir d’une foultitude de fissures dans l’aspect « mignon » de ce qui pourrait être un simple conte.

Pourquoi un orphelinat envoie-t-il des enfants explorer l’Abysse malgré les dangers et la malédiction qui les rend malades ?
Pourquoi utilise-t-il de punitions totalement inappropriées ?
Pourquoi loge-t-on une orpheline dans une ancienne salle de torture ?
Pourquoi la mère de l’héroïne a-t-elle un surnom aussi inquiétant ?
Que font réellement les Caverniers les plus expérimentés lors d’expéditions de plusieurs années dans les profondeurs du gouffre ?
Qui est ce jeune garçon que Rico a découvert inanimé dans les abymes ?

À la fin du tome 1, le lecteur perspicace se doute que Made in Abyss ne va pas être qu’un simple conte, une aventure classique ou un bête manga d’apprentissage.

Parce que ce n’est que le début.

Un manga d’horreur

Une œuvre est d’horreur quand un critère essentiel est rempli, à savoir que le scénario du roman/de la nouvelle et le style d’écriture créent pour le lecteur une profonde angoisse et engendrent un suspense aigu. Un second critère, non essentiel, mais très souvent constaté, est que le récit relate des évènements particulièrement atroces, macabres, voire sanguinolents.

Ce qui précède est une définition d’une œuvre d’horreur trouvée sur Wikipedia. Et Made in Abyss y correspond très exactement, dans ses deux critères.

C’est même le meilleur manga d’horreur que je connaisse, dans le sens où c’est celui qui remplit le mieux tous ces critères, et pour plusieurs raisons.

D’abord par son traitement : l’horreur n’est pas une vague menace mal identifiée ou unique élément (le monstre ou l’humain fou classiques du genre)3 ; l’adversité est l’Abysse, ce que les humains y ont apporté et tout ce que ça engendre.

Ensuite par les graphismes. Je n’arrive pas encore à savoir si ces dessins tout mignons participent à l’effet horrifique par contraste avec ce qui est raconté ; ou s’ils permettent de rendre certaines scènes soutenables alors qu’elles ne le seraient plus avec des traits réalistes. Probablement un peu des deux.

Le plan de l’Abysse – au moins de ce qu’on en connait. C’est très profond.

Et donc ?

Donc on pourrait continuer longtemps sur ce manga.

Si vous aimez les histoires d’horreur, foncez ! C’est original et très bien mené, avec plein de détails annoncés en avance. Les dessins sont superbes, l’histoire très réussie et cohérente, avec en prime une réflexion sur la notion d’humanité en toile de fond. On est loin de la comparaison malheureuse à Jules Verne ou à Ghibli de la présentation du tome 1 par Ototo, mais Made in Abyss offre un sublime et terrifiant voyage pour tous les amateurs et amatrices du genre.

L’éditeur permets de lire un extrait en ligne.

À lire absolument si on aime

À éviter si on cherche

Si vous avez aimé ce livre

Il existe une adaptation en animé de Made in Abyss, disponible en France sous le même nom. Elle couvre les trois premiers tomes et le début du quatrième ; un film serait prévu pour les tomes 4 et 5. Cet animé a la réputation d’être très fidèle au manga, en plus d’avoir une excellente qualité d’animation et une très bonne musique.


  1. À priori au même format que les volumes japonais. [return]
  2. Comme je parle du manga, j’utilise la traduction des noms de l’édition française du manga. Mais tous les noms sont à l’origine des « transcriptions » en japonais de noms inexistants. Comme l’auteur n’a jamais indiqué de romanisation officielle, celle-ci peut sensiblement varier selon les sources. [return]
  3. Même si, à la fin du tome 4, on a le début de quelque chose qui ressemble à un méchant identifiable en tant que tel. [return]
  4. On trouve sur Internet des débats sur la censure de certains plans dans l’animé et sur certaines représentations de mineurs nus. En fait, aucune de ces représentations n’est réaliste, n’a de caractère sexuel et toutes servent l’histoire… à l’exception des couvertures sous jaquette au-delà du tome 1, qui elles sont franchement douteuses, sans rapport avec l’histoire et donc très dommages. [return]
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