17 – La boite à rythmes de Pandore

Beaucoup d’entre vous connaissent l’histoire de la boite de Pandore. Mais combien savent qu’en réalité il s’agissait de la seconde boite ?

Alors, laissez-moi vous narrer le conte de la boite à rythmes de Pandore.

C’était au temps des premiers hommes, quand les Dieux régnaient sur le monde. Ce jour-là, Zeus, le roi des Dieux, ruminait sa colère sur son trône, car Prométhée avait volé le feu et l’avait donné aux hommes. Je dis « hommes » et non « humains » puisque c’était la vérité : les mortels étaient alors tous mâles, se reproduisant comme des céréales. Ils ne connaissaient pas la souffrance, la vieillesse ou la fatigue ; simplement parfois ils disparaissaient dans un sommeil paisible. Zeus, donc, eut une idée : une vengeance qui châtierait les auteurs de cette trahison. Ainsi il convoqua les autres Dieux, et distribua quelques ordres.

Héphaïstos prit de la glaise et de l’eau, et en façonna le corps d’une femme, première de son genre ; un être à la beauté ravissante qui égalait celle des déesses. Puis, dans un souffle, il lui prodigua la force, la voix et la vie.

Il la présenta ensuite à Athéna. La déesse de la sagesse, de la stratégie et des artisanats lui enseigna l’art du tissage, et tous les travaux qui incomberaient aux femmes par la suite. Les trois Grâces l’habillèrent de riches vêtements et de leurs dons.

Vint après la seconde partie du plan de Zeus. Il demanda à Aphrodite de parachever la beauté de la première femme ; mais aussi les désirs les plus forts, avec tout ce qu’ils ont de moteur, d’exubérant et de dévorant. Puis le roi des Dieux fit mander Hermès, messager des dieux entre bien d’autres titres.

Or, et c’est là que commence le fragment méconnu de l’histoire, Hermès n’arriva pas. Il était sur une falaise en surplomb de ce qui deviendrait la mer Égée, la première femme à ses côtés. Celle qui n’avait pas encore de nom s’ennuyait : on ne lui avait pas présenté les hommes, elle n’avait pour unique compagnie qu’une poignée de Dieux hautains et compliqués qui ne prêtaient aucune attention à une simple humaine.

Le messager des dieux l’avait vue, seule, assise sur sa corniche, à essayer de tuer le temps comme elle le pouvait – mais aucun des jeux, aucune des distractions d’aujourd’hui n’avait déjà été inventée ; et aucune divinité n’avait insufflé la curiosité ou l’imagination à cette pauvre femme.

C’est pourquoi Hermès l’avait prise en pitié. Il lui avait fait don d’une lyre. Intriguée puis amusée par l’instrument, elle le gratouillait, sans en tirer le moindre son cohérent. Le Dieu eut une idée, mais la convocation de Zeus tonna dans le ciel, l’empêchant de la peaufiner. Alors il créa une boite et l’offrit à la femme en disant :

— Prends ceci, et ouvres-là dès que je ne serai plus à tes côtés. Elle contient un présent qui te permettra d’occuper agréablement le temps qu’il te reste à passer seule.

Puis il fila sur le mont Olympe.

La femme regarda le cadeau du Dieu. C’était un petit cube en bois sombre, à peine plus grande que sa main, sobre et élégante, munie d’un fermoir en cuivre. Et comme Hermès le lui avait demandé, elle l’ouvrit.

Alors dans un immense souffle s’en volèrent les vers et les pieds, les accents toniques, les notes et les silences, les cadences, les syncopes et séries régulières, et toutes les sortes de rythmes qui donnent les multiples pulsations de la vie humaine. Et la femme, émerveillée, se saisit de la lyre et chanta le cadeau du Dieu : Hermès lui avait offert la boite à rythmes, et maintenant son existence avait du sens.

C’était là l’histoire de la première et inconnue boite de Pandore. Après s’ensuit le mythe habituel de la première femme qui par vengeance apporte le malheur et la discorde aux hommes, un récit tellement suranné et surexploité qu’on trouve même un album des Schtroumpfs sur le sujet.

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