21 — La banane impossible

Évariste badaudait dehors par cette douce soirée vernale. Tout était calme sous l’empyrée céruléen ; la bananeraie s’illunait et froufroutait du friselis du zéphyr entre les brouts, odorait le pétrichor après l’ondée vespérale. L’aménité de la thébaïde délectait énormément le jeune homme, suscitait chez lui des réminiscences du passé.

C’est alors qu’il avisa la banane, énormantesque fruit sinople tavelé de pers, pendant d’un plan squalide isolé, presque photogène dans l’air hyalin. Hétéroclites couleurs, était-il porteur de synopsie ? Ou était-ce une magie ? Son imagination ubéreuse s’ébranla, cherchant une élucidation à ce mystère abscons. Puis, constatant sa nescience la plus crasse, le béjaune dégaina son eustache contadin et cueillit l’impossible baie amylacée, bien déterminé à la livrer à un polymathe.

Au loin arrivait une péronnelle callipyge qui le huchait. Il s’efforça de lui répliquer, mais n’enfanta que d’un logogriphe fuligineux. Comme elle mostait avec un regard cauteleux, il inclina pour la méfiance, et compta reculer. Mais à cause de la briserve qui infunait du sol, il décreva et s’assomma à moitié à terre.

Il rouvrit les yeux, et il vit Osange. Le visage de la jeune femme, tout près du sien, transpirait l’inquiétude.

— Évariste ? Tout va bien ? Tu as fait un malaise ?

— Heu… je crois que j’ai fait un rêve bizarre, ou une sorte de magie. J’étais là, et quelqu’un commentait mes faits et gestes, mais je ne comprenais rien de ce qui était raconté. C’est devenu de plus en plus étrange, mais très réel, et puis tu es arrivée.

— Peut-être bien une sorcellerie, c’est plein de démons ici la nuit. Ils te susurrent ce que tu fais à l’oreille, et te poussent à faire n’importe quoi en te faisant voir ce qui n’existe pas.

— Ha ? J’ai eu de la chance. À moins que…

— Ne t’inquiète pas, je suis arrivée à temps. Et puis, savoir ce qui était réel ou pas est théoriquement aisé.

— Ha bon ?

— Oui, les démons ne peuvent décrire des actions véritables qu’avec des mots qui existent. Donc ils utilisent des verbes inventés pour déclencher leurs illusions.

— C’est facile, alors.

— Ce serait simple, s’ils n’avaient pas autant de vocabulaire.

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