Jour 11

Une petite heure plus tard, les moteurs à impulsions féériques vrombissaient dans la chaleur de l’après-midi. Il y eut un chtonk sonore, et le NCCB Grimm et son équipage furent ailleurs.

 

Il y eut un choc quand le navire s’inclina de quelques degrés, suivi du grondement sourd d’une pluie diluvienne qui s’abattait sur la coque. Évangélina pianota sur le clavier de contrôle principal. L’écran afficha :

« Inclinaison : -0,5 ; +4 / Glissement : 0 ; 0 / Stabilité : excellente. »

— Bon, les gars, on reste ici, vous glisserez un peu dans vos lits et basta.

Elle jeta un regard à l’écran annexe.

— D’autant que si j’en crois le radar, c’est le seul coin à la ronde où il y a assez d’espace plat entre les arbres pour y faire tenir le vaisseau. C’est tout juste si on peut déployer la passerelle !

— C’est toi la navigatrice, Lina, dit Barnabé. Nico, prêt pour l’exploration ?

— Toujours.

Cinq minutes après, ils étaient dans le sas, et le jeune homme tapotait sur le petit écran à côté de la porte.

— Lina, je crois que les capteurs déconnent.

— Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

— L’afficheur des conditions extérieures indique trente-trois degrés avec quatre-vingt-sept pourcents d’humidité, et de la pluie.

— Il a raison. Je rajoute qu’on est sur le seul terrain plat à des dizaines de mètres à la ronde, prévois de bonnes chaussures.

— Bordel, on ne peut pas attendre la fin de l’averse ?

— Attends deux minutes…

La jeune femme pianota quelques commandes et patienta la fin de l’analyse.

— Désolée, le radar météo me dit que c’est le déluge sur toute la région, et les prévisions générales préliminaires estiment qu’il y a une haute probabilité que ça dure au moins les cinq prochaines heures.

— Et merde… Bon, c’est parti pour un tour dans le sauna !

— Ferme bien le sas, que ça reste vivable ici !

— Bien sûr, ne t’inquiète pas pour ça.

Le jeune homme regarda le renard qui s’impatientait à ses pieds.

— Tu ne te protèges pas de la pluie ?

— Je ne suis pas en sucre, mon cher. On décolle ?

Barnabé grommela un acquiescement, et ouvrit la porte extérieure du sas. Une bouffée d’air étouffant et moite s’y engouffra.

Le NCCB Grimm était stationné dans une minuscule clairière à peu près plate à flan de côte, dans des montagnes couvertes de forêt luxuriante. La pluie, lourde, chaude et dense, limitait encore leur champ de vision et rendait les mouvements pénibles. Nab se cala contre un arbre dont il ignorait complètement l’espèce, sorti un appareil de sa poche et calcula quelque chose.

— Tu es sûr que ce truc est étanche ?, demanda Nico.

— Le manuel le prétends. On verra bien. Bon, d’après le féérimètre, notre cible est au creux de cette vallée. Par contre, avec la pente et les plante, on va devoir faire des détours pour y accéder. L’idéal serait de trouver un sentier.

Ils découvrirent rapidement une sente d’un gros animal qui semblait se diriger dans la bonne direction. Avant de partir, Nab abandonna son poncho étanche, parce qu’il préférait être trempé de pluie que de sueur. Il récupéra aussi un chapeau à large bords qui empêchait l’eau de lui couler dans les yeux.

Les deux explorateurs, à force de détours, mirent plus d’une heure à atteindre un rocher en surplomb de leur cible principale. Le renard pesta plusieurs fois contre l’inaptitude des humains à gambader dans la forêt. Barnabé, qui manqua plusieurs fois de se tordre la cheville en glissant dans la boue, ne trouva rien à répondre.

Le surplomb leur permettait une vue dégagée, quoique humide, sur un petit bâtiment de bois à l’architecture simple mais élégante. Un lourd toit de tuiles scellées, aux coins incurvés, protégeait largement la bâtisse des intempéries. À l’avant, un chemin mal entretenu traversait une clôture et menait à un village qu’ils apercevaient, plus bas dans la vallée. Un potager entretenu avec soin occupait un côté de la bâtisse, dont Nab estima qu’il pouvait nourrir une personne, et encore. Le côté opposé comprenait une galerie couverte qui menait à un tout petit bâtiment, peut-être une chapelle privative ? Un jardin de pierres et de sable, invisible depuis le chemin, occupait tout l’arrière du terrain. Ses délicats motifs s’effaçaient sous le déluge ambiant.

— C’est curieux, dit Barnabé en consultant son appareil. Ceci est notre cible principale, on a une cible de même importance dans le village. Mais aussi une cible mineure en pleine forêt, sur le versant d’en face.

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