Jour 10

Trois mois plus tard…

Nicolas galopait dans les couloirs du quartier général de la Compagnie Cinématographique de Boissaint, heureux que les grosses chaleurs de l’été soient enfin passée. Évangélina et Barnabé étaient revenus de leur congé pathologique deux semaines plus tôt que prévu ; pris de court, le renard s’était retrouvé embringué dans un retard qu’il tentait vainement de rattraper.

Essoufflé, les pattes douloureuses, les coussinets brûlés par l’asphalte au soleil de midi, il trouva pourtant le courage d’accélérer quand il vit ses deux coéquipiers l’attendre à bras ouverts à l’entrée du NCCB Grimm. Il voulu les serrer dans ses bras, mais n’était pas équipé pour ; il sauta plutôt d’un long bond dans les bras de qui le rattraperait en premier – ce fut Lina.

Le renard s’était savamment ennuyé au Contrôle des Destinations pendant ses trois mois de service à terre forcés, mais n’avait pas changé. Il ne pouvait pas en dire autant de ses… amis ? Probablement amis, oui.

Nab avait perdu tout son embonpoint sans néanmoins prendre de muscle, il paraissait presque maigre maintenant. Son crâne rasé et sa barbe fournie auraient pu le rendre impressionnant s’il avait été moins fluet. Peut-être était-ce pour lui une manière d’effacer son lui passé, celui qui avait vécu les évènements de juin. Nicolas fut heureux de lui trouver bonne mine, meilleure même que celle qu’il avait lorsqu’ils s’étaient rencontrés.

Lina, elle, restait égale à elle-même malgré des changements visibles : ses auparavant uniformément aile-de-corbeau étaient toujours aussi raides, mais la moitié droite était décolorée en blanc. Elle avait opté pour un rouge à lèvres rouge sang dont le renard n’arrivait pas à juger s’il lui allait ou non, ce qui était sans doute signe que non ; mais le sourire qu’il ornait réchauffait le cœur. Ceinture à ossements et décors de crânes, eux, restaient à leurs places.

 

— Content de te revoir, mon vieux goupil !, lui dit Lina en le portant à hauteur de ses yeux.

— Ma chère vampire, serai content quand tu cesseras de me porter comme une vielle chaussette, répliqua l’animal avec un clin d’œil.

Elle le reposa au sol.

— Alors, Mascotte Nicolas Sauvage, prêt pour une nouvelle mission palpitante ?, demanda Nab.

— D’une, c’est la dernière fois que tu m’appelles « mascotte ».

— Hé ! C’est ton titre officiel, il me semble.

— Il te semble bien, mais j’ai ma dignité. De deux, la barbe, c’est pour faire peur aux petits enfants ?

— Je…

— Ha ! Question rhétorique n’appelle point de réponse, il faudrait que tu soulèves quelques tonnes de fonte avant de faire peur à quiconque. De trois : je suis prêt, mon cher chercheur. Tu as admiré le boulot des ingénieurs ?

La Compagnie avait profité des trois mois d’immobilisation du navire pour effectuer les modifications demandées par l’équipage. Un travail soigné.

 

Deux heures plus tard, tout était paré pour le départ. Barnabé lisait l’ordre de leur secondes mission à ses deux camarades :

« Mission de type exploratoire. Rendez compte des éléments merveilleux et fantastiques rencontrées aux coordonnées CX-ATU65J-R3345-Y12B3. Niveau de danger faible. Niveau de perturbations faibles. Temps estimé en équivalence réelle : trois semaine. Rapport hebdomadaire selon le formulaire F37, rapport final selon le formulaire G12. »

— Aucun risque, mais la mission est plutôt longue, remarqua Nico.

— J’ai fait la demande pour le risque, glissa Lina. Ils n’ont pas fait d’histoire, mais la mission la moins dangereuse qu’ils avaient dans les cartons était assez longue. J’espère que ça vous va.

— C’est parfait, la rassura Nab. Par contre, je ne reconnais pas ces coordonnées. Je crois que CX désigne les dérivés de contes, mais sans en avoir l’absolue certitude.

— Bah, fit Lina. C’est une mission d’exploration, le principe est justement de ne pas savoir vraiment où l’on met les pieds, je me trompe ?

— Exact. Mais quand même…

— Ne perdons pas de temps ! En route pour le film le plus réaliste de l’univers !

Un film, s’interrogea Nicolas in petto. Est-ce la technique des psychologues pour leur faire accepter ce qu’ils ont vu ? Mais c’est vrai que personne n’a pu prouver que ce qu’on trouve dans ces explorations arrive vraiment. On a jamais pu prouver le contraire non plus.

Il soupira.

Bah, si ça peut les rééquilibrer.

— Un problème, le renard ?, demanda la jeune femme.

— Non, rien, je réfléchissait. On y va ?

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