Jour 13

L’instant de surprise passé, il déposa son bol et se pencha sur l’animal. Ou l’être ? L’esprit ? Comment qualifiait-on une Kitsune ? Le moine lui pris le pouls, vérifia sa respiration, et s’en retourna. Inquiet, Nicolas s’approcha : était-elle morte ? Il y avait des contes, des histoires qui commençaient par une mort. Mais ils ne les auraient pas envoyés sur ce genre de mission, si ? Non, poitrine de l’être se soulevait encore – faiblement, mais assez pour confirmer qu’elle était toujours en vie.

Le moine revint chargé d’un plateau qu’il glissa sous la Kitsune avec la plus grande délicatesse. Revenu à l’intérieur, il réfléchit quelques instants, scrutant les alentours. Ils étaient dans une grande pièce qui constituait la quasi-intégralité du bâtiment principal — une minuscule cuisine et une salle de bains microscopiques complétaient l’ensemble. L’homme traversa la pièce à grandes enjambées et déposa l’être à même le sol, toujours avec le plus grand soin. Il s’affaira ensuite dans la cuisine.

— C’est très curieux, dit Évangélina, le regard posé sur la Kitsune. Je n’ai jamais entendu parler d’une histoire qui commencerait ainsi. Normalement ces esprits jouent des tours aux humains et ne sont pas la victime de l’histoire.

— Peut-être que ce n’est que le début, fit Barnabé. N’oublie pas que nous avons trois semaine devant nous.

— Et peut-être est-ce une histoire originale, remarqua Nicolas. N’oubliez pas que nous sommes en mission d’exploration, l’étrange devrait être notre quotidien.

— En tous cas, dit Barnabé, notre moine a monté le chauffage. Il commence à faire bon ici. D’ailleurs, où est le chauffage ?

Il observa la pièce. D’une propreté chirurgicale, elle n’était meublée que d’une table basse, de deux chaises sans tapis, et d’une bibliothèque qui occupait tout un mur. Le lit, ou ce qui servait de lit à l’habitant, devait être rangé dans l’un des nombreux placards.

— C’est un chauffage au sol, commenta Lina, qui affichait un diagramme sur le féérimètre. Sans doute un vieux modèle, il ne fait chaud que d’un côté, là où il a installé la renarde.

Le moine revint quelques temps après avec une tasse de bouillon qu’il fit avaler à la blessée. Faible, elle était tout juste capable de laper le contenu sans qu’il n’eut besoin de lui faire boire. Puis il nettoya sa blessure, la banda, et recouvrit l’être d’un drap plié plusieurs fois qui fit office de couverture.

— D’accord, maugréa Nab. Donc on a une Kistune blessée, un moine qui la soigne, et maintenant ? On attends qu’elle guérisse ?

Le moine se retourna et le regarda droit dans les yeux ; l’explorateur se figea. Sa collègue le tira quand moine avança pour se saisir d’un ouvrage qu’il avait vu à travers lui.

— Il m’a fait peur, j’ai cru qu’il m’avait vu !

— Aucun risque. Normalement.

— Normalement ?

— Oui. Bref. Le féérimètre ne nous indique plus rien d’intéressant ici. Et si nous rentrions finir notre nuit ?

comments powered by Disqus