Jour 16

Le féérimètre se tut ; aussitôt les trois explorateurs se remirent en chemin vers la fraicheur de leur vaisseau.

 

Le lendemain matin, d’un commun accord, ils envoyèrent une sonde observer ce qui se passait, parce qu’il était hors de question de faire des heures de grimpette dans le hammam de l’extérieur juste pour attendre que quelque chose daigne arriver. Bien leur en pris : ils virent que l’état de la Kitsune était resté stable, sans doute grâce au produit qui l’assommait, et que le moine se préparait à faire la longue route qui l’amènerait jusqu’au village. Après une rapide reconnaissance, ils acquirent la certitude que rien ne perturberait le moine jusqu’à son arrivée ; les capteurs de conte confirmaient cette supposition.

Mais surtout, ils découvrirent une autre clairière qui leur permettrait de garer le NCCB Grimm à moins de vingt minutes de l’ermitage et à un peu plus d’une heure des premières maisons du villages. Ce serait moins discret (mais qui risquait de passer dans un endroit pareil?) et moins confortable du fait de la pente, mais tout à fait acceptable. Pourquoi la Compagnie n’avait-elle pas sélectionné ce point de chute ? Elle avait une forte tendance au conservatisme en ce domaine, comme en beaucoup d’autres. Peut-être pourraient-ils aussi récupérer des moyens de transports, la prochaine fois.

Ils déplacèrent donc le navire, et rattrapèrent le moine Clairvoyant lorsqu’il arrivait en lisière de village. Le vent avait chassé les nuages, et enfin le soleil brillait. Encore assez bas à cette heure matinale, il rendait la chaleur plus sèche et supportable, et éclairait le décor d’un jour nouveau, plus agréable et accueillant que les nuages et la brume des deux premiers jours. La vue s’était dégagée sur les montagnes au-delà des sommets immédiats : l’ermitage offrait une vue directe et spectaculaire sur de hauts sommets enneigés, vue qui justifiait à elle seule son emplacement.

Étranges réactions que celles provoquées par l’ermite à son arrivée dans le village. Il ne salua personne, et chaque habitant qu’il croisa l’ignorait ostensiblement.

— Vous pensez qu’il est détesté ici ?, demanda Nab à ses collègues.

— Les gens étranges attirent rarement la sympathie, répondit Lina, et vivre seul dans la montagne est indubitablement étrange.

— Je confirme, maugréa Nico.

— Mais peut-être aussi qu’il y a une raison plus religieuse. Peut-être qu’il a fait vœu d’isolement, ou quelque chose comme ça, et que c’est une manière de respecter ses choix.

Le village était un ramassis de bâtiments serrés, mais curieusement jamais mitoyens, groupés autour de deux rues principales perpendiculaires. Tous les bâtiments étaient construits dans le même style que l’ermitage, y compris les plus récents. Y avait-il une contrainte architecturale ?

Le carrefour, en réalité une grande place, accueillait un temple d’une religion inconnu, un bâtiment public aux fonctions indéterminées, et moult commerces qui rivalisaient dans un concours absurde de l’enseigne la plus visible, ce qui impliquait quantité de néons. Mais le moine évita soigneusement l’endroit, qu’il préféra contourner par des ruelles étroites. Sans doute cette manœuvre participait-elle à cet étrange manège qui lui interdisait de communiquer avec quiconque.

À l’autre bout du village était une grosse maison bourgeoise entourée d’un luxueux jardin clôturé. Sur le portail en bois, une plaque annonçait :

« Troisième-Fils Petite-péninsule-de-palais, magicien-soigneur diplômé de l’Académie Impériale. Conventionné de troisième niveau. Sur rendez-vous. »

— Je crois que je ne vais pas me faire aux noms, dit Évangelina en se frottant l’arrête du nez.

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